Problème de la « monnaie dette »

Si on dit que X « s’endette » (bilan négatif) pour créditer Y, qui lui peut ensuite payer Z, qui paye enfin X, on a une solution partielle, qui crée un problème fondamental de symétrie.

a) La symétrie spatiale n’est pas respectée

si c’est « X » qui possède le droit de s’endetter en premier, selon « Y » et « Z » il y a un gros problème d’équité. On peut rétorquer par ailleurs que la production de chacune de ces valeurs n’a pas à attendre un point particulier d’émission monétaire pour circuler. Les échanges de valeur peuvent et doivent se mettre en route indépendamment de tout point spécifique, sous peine de bloquer une sous-partie de l’économie (ici les échanges entre Y et Z).

b) La symétrie temporelle n’est pas respectée

Même en imaginant que X, Y et Z se créditent initialement tous en même temps d’une quantité fixée de monnaie, qu’en est-il pour A, B et C qui arriveront ensuite dans le système économique ? Leurs échanges de valeurs respectifs totalement différents de ceux de X, Y et Z, n’ont pas à souffrir non plus d’une émission unique effectuée dans le passé, et dont la répartition serait excessivement concentrée ici ou là (ou même ayant fui hors de la zone économique locale), bloquant aussi leurs échanges sans raison valable de leur point de vue.

c) L’asservissement par l’intérêt manquant

Une démonstration algorithmique éclaire le fait qu’une monnaie dette à émission asymétrique suffit, si on en respecte le principe à la lettre, à assurer l’asservissement sans fin des uns envers les autres.

B = système bancaire
H = les hommes

Les intérêts dus par H à B sont de 5 % / an. En (1) s’effectue l’émission d’une nouvelle « dette », constituant donc la « monnaie » par B qui crédite H. En (2) les 5 % sont remboursés, puis éventuellement dépensés en (3) et c’est ensuite la boucle sans fin.

(1) B : -100 | +100 => H +100 | -100
(2) B : -100 | +105 => H +95 | - 100
(3) B achète pour 5 à H 1 heure de travail
(4) B : -100 | +100 => H +100 | - 100
(5) Retour en (2)

Choix 1 : boucle infinie. H est infiniment asservi à B qui gagne 5 % / an sans travail, alors que H pour les récupérer doit travailler pour B. Le problème ici n’est pas tant l’intérêt “manquant” que H travaillant éternellement pour B. B n’a donc aucun intérêt (c’est le mot!) à ce que H rembourse véritablement cette dette. Il appellera alors « rembourser » le seul fait de lui payer cette rente éternelle.

Choix 2 : si B par contre ne dépense pas les 5 % par an mais les stocke en sautant l’étape (3) (ou n’en dépense qu’une fraction pour stocker l’essentiel), alors il y a véritablement intérêt manquant dans l’économie. H se voit de plus en plus endetté et au bout de 20 boucles on se retrouve à la situation suivante :

B : -100 | + 200 => H +000 | -100

À ce moment là (H) ne pourra plus rembourser lors du cycle suivant. Il fait faillite, défaut, ou une négociation a lieu. B est alors muni d’un stock énorme de monnaie, il bénéfice d’un pouvoir d’achat démultiplié sur une économie en déflation (car pendant tout ce temps l’économie aura subi la raréfaction progressive de la monnaie circulante). Il achète alors tout ce qu’il estime comme étant la base économique du prochain cycle au meilleur prix.

Puis le cycle recommencera sur la base d’une nouvelle génération d’Hommes. B recrée suffisamment de monnaie pour son propre bénéfice, qu’il prêtera, à un niveau de création suffisamment élevé pour rendre l’ancienne masse monétaire négligeable. On ne part en effet jamais de 0 en (1), mais sur une masse monétaire pré-existante, qui sera par exemple de 1 pour 100 créés unilatéralement sur de fausses prémisses, un pseudo-contrat dont les termes ne sont pas donnés.

Tout ceci n’est possible que parce que H ignore un mécanisme qu’on ne lui dit pas. Si de plus ce mécanisme s’effectue sur une durée de vie ou plus, un nouvel homme H récemment né, à qui l’on expliquerait pas ce mécanisme ne peut se rendre compte du phénomène subtil que très tard dans sa propre vie.

De plus et ce n’est pas le moindre des points essentiels du phénomène, il convient de signaler que l’on constate en 2012 qu’il y a une confusion entre la « monnaie dette » commune, émise par les collectivités politiques censées représenter les citoyens et la « monnaie dette » privée. Les deux portent le même nom. Mais si on distinguait la monnaie émise même exclusivement sous forme de « dette » de la part d’une communauté politique et celle émise de la part d’un groupement privé, en ne leur attribuant pas le même nom, non seulement le mécanisme serait plus respectueux de la logique qu’il prétend appliquer, mais la prise de conscience individuelle du phénomène s’accélérerait.

Ainsi il est tout de même édifiant que lorsqu’il s’agit de protéger des marques le droit soit intraitable mais que lorsqu’il s’agit de la contrefaçon concernant l’outil d’échange universel on accepterait le fait qu’un groupe d’entreprises privées appelle du même sigle monétaire ce qui est sa propre émission de « dettes » comme si elles en partageaient la marque et qu’on utilise cette même marque, avec le même sigle, pour ce qui concerne l’émission de dettes au titre de la communauté politique. Imaginons-nous qu’une boisson puisse être nommée Coca-Cola en étant produite indifféremment par General Motors ou Pepsi Cola et que l’État lui-même utilise le sigle Cocal Cola pour émettre une autre boisson encore et l’utilise comme référence pour assurer la comptabilité des échanges économiques. Quelle communauté politique accepterait cela ? C’est bien pourtant exactement ce que cette confusion a produit concernant la monnaie commune. Il ne faut alors pas s’étonner du chaos final dans lequel cette fausse logique, ce principe inacceptable, peut amener les hommes.

Conclusion

Cette « solution » n’en est donc pas une. Elle est à bannir, car elle ne respecte pas la symétrie et l’égalité des référentiels devant la solution proposée.

De plus elle ne fait que profiter d’une confusion qui tend à généraliser la notion de « dette » à un même et unique sigle, faisant partager les pertes à toute la communauté politique qui est ignorante des mécanismes de l’émission de dettes émises par des acteurs divers et prétendant pouvoir être nommées malgré tout par un même sigle comptable.

En conclusion l’argent « dette » est un système instituant une asymétrie profonde de la création monétaire, qui n’est contractuellement pas acceptable au sein des démocraties respectueuses des droits de l’homme. Logiquement la reconnaissance de l’égalité du jugement de toute valeur économique, implique la symétrie devant les règles de création d’une monnaie qui soit véritablement commune (ce qui ne signifie pas l’égalité devant les biens possédés, ni devant la monnaie accumulée suite aux échanges).

Il convient ici de comprendre la distinction qu’il y a entre la création monétaire par une « dette » envers un centre arbitraire, c’est-à-dire le fait que certains acteurs spatialement ou temporellement situés aient le privilège exclusif d’émettre la monnaie, créant une asymétrie par rapport aux autres acteurs de l’économie présents et futurs et la dette que l’on contracte envers un détenteur de monnaie pré-existante. C’est bien le premier point qui est ici dénoncé.